écologie

Sauver la planète...

Charles Hastings

Marguerite Yourcenar écrit en 1980 :

J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant. Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.

J’ai le privilège de vivre dans une très belle région rurale du sud-ouest de la France. Souvent, en regardant la beauté intacte qui m’entoure, je vois à quel point la crise que traverse notre planète semble lointaine. Cependant, même ici, je ne peux pas ignorer le fait que le printemps est arrivé si tôt. Quand je suis arrivé ici il y a de nombreuses années, j’étais fasciné par l’abondance et par la variété des insectes, en particulier par les divers criquets et même par des étranges « phasmes-bâtons » asymétriques.

Une mante religieuse est venue me rendre visite dans ma cuisine l’automne dernier et j’ai vu la plus grande abeille européenne bourdonner autour du buisson de romarin déjà en février. Mais maintenant, en mars, je vois les magnifiques arbres fruitiers en fleurs, normalement animés par les abeilles, silencieux et abandonnés. Combien de fruits y aura-t-il cette année ?

J’imagine que presque tout le monde connaît l’histoire de Greta Thunberg, vu que sa protestation contre le changement climatique s’est étendue aux écoliers du monde entier, mais il est intéressant de noter qu’elle était une enfant introvertie, timide et inhibée dans ses rapports avec les autres. Elle s’inquiète du changement climatique depuis l’âge de huit ans et avait 15 ans lorsqu’elle a commencé sa vigile solitaire devant le parlement suédois.

Elle n’a jamais été comme les autres enfants. Il y a quatre ans, on lui a diagnostiqué le syndrome d’Asperger.

Je pense plus intensément. Certaines personnes peuvent simplement laisser tomber, mais moi je ne peux pas, surtout si quelque chose me préoccupe ou me rend triste. Je me souviens que, quand j’étais plus jeune, nos professeurs à l’école nous montraient des déchets de plastique dans l’océan, des ours polaires affamés et ainsi de suite. J’ai pleuré pendant tous ces films. Mes camarades de classe s’étaient inquiétés en regardant le film, mais une fois fini, ils ont commencé à penser à autre chose. Je ne pouvais pas faire ça. Ces images étaient imprimées dans ma tête.

Elle a fini par accepter cette tendance comme une partie intégrale d’elle-même, et a fait une force de sa motivation de ce qu’était autrefois une source de dépression paralysante.

J’ai peint un enseigne sur un morceau de bois et, pour les tracts, j’ai noté des faits que tout le monde devrait savoir. Puis je suis allée à vélo au Parlement et je m’y suis assise. Le premier jour, je me suis assise toute seule de 8 h 30 à 15 h environ — la journée scolaire normale. Et puis le deuxième jour, des gens ont commencé à me rejoindre. Après cela, il y avait toujours du monde.

« Grève scolaire pour le climat. » Photo : Michael Campanella/The Guardian.

Son impact a été tel qu’elle a été invitée au Forum économique mondial de Davos, où elle a livré ce message sans compromis :

Je ne veux pas que vous ayez de l’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et puis je veux que vous agissiez.

Noam Chomsky est un linguiste philosophe et scientifique cognitif novateur âgé de quatre-vingt-dix ans. Il est également un activiste bien rôdé. Lui aussi veut que nous paniquions :

Chaque journal devrait avoir un titre criant tous les jours qui annonce que nous nous dirigeons vers une catastrophe totale… La génération actuelle doit décider si la société humaine organisée survivra au-delà de quelques générations, et cela doit être fait rapidement, il n’y a pas beaucoup de temps.

La prise de conscience des défis du changement climatique commence à se généraliser. Le fonctionnement de base de notre société met l’accent sur la consommation incessante de produits toujours plus sophistiqués, dans une ambiance de concurrence acharnée et une recherche constante de l’augmentation du confort. Il devient de plus en plus clair que nous suivons une trajectoire qui nous mène à toute vitesse dans la mauvaise direction. Même nos petits plaisirs, tels que l’achat fréquent de nouveaux vêtements, impliquent l’utilisation excessive d’eau pour la culture du coton et de terribles conditions de travail des travailleurs des pays pauvres. Quand on va au supermarché, tout semble être emballé dans du plastique à usage unique, qui, nous le savons, est en train de tuer les océans. Nous adorons voyager, mais ces vols bon marché contribuent énormément au réchauffement de la planète.

Ce ne sont plus des idées marginales. Une partie de la presse classique évoque souvent ces problèmes. The Economist, revue britannique libérale, explique l’impossibilité de maintenir les niveaux actuels de consommation de viande (en augmentation au niveau mondial) et souligne la nécessité d’un changement radical, en énumérant les avantages pour la santé, l’environnement et même l’économie, et oui, pour les animaux, si tout le monde adoptait un régime végétalien ou végétarien. Dans un autre article, elle critique vivement les gouvernements et les entreprises qui offrent des avantages fiscaux pour les jets privés (de plus en plus nombreux !), qui ont une empreinte carbone immense par passager par rapport aux vols normaux. Greta Thunberg avait des propos sévères à ce sujet pour les milliardaires de Davos. Elle est végane et voyage en train.

Il semble que toute solution impliquerait un bouleversement de notre mode de vie, une réduction directe de notre zone de confort, ainsi qu’un changement de cap radical pour l’agriculture, l’industrie, les transports, etc. Comment ne pas se sentir totalement dépassé ? Comment trouver une solution de coopération collective dans un monde où les nations et les communautés sont de plus en plus divisées ?

Le paradigme de la société est en train d’être bouleversé. Juste au moment où nous avons besoin de comprendre la complexité, d’écouter, de réfléchir et de coopérer les uns avec les autres, il y a division, panique, peur et colère.

Dans un monde où les gens peuvent trop facilement se laisser influencer par des appels aux émotions, il y a un désir profond de paix et d’harmonie. S’il nous est possible de développer un esprit calme, plein de bonté et de compassion, nous ferons inévitablement une différence, souvent bien plus que ce que nous imaginons. Et il y a un effet d’entraînement qui peut être transmis bien au-delà de notre propre cercle. Chaque individu peut apporter quelque chose, à petite ou grande échelle, pour contribuer à une société plus harmonieuse et à une relation saine avec notre planète. Comme le dit Matthieu Ricard dans son introduction vidéo à Imagine Clarity :

Nous ne devrions jamais être découragés de ne pas pouvoir changer le monde. Parce que cela commence par nous-mêmes… Lentement, lorsque des personnes qui partagent les mêmes idées atteignent une masse critique, nous pouvons changer les cultures. Lorsque nous changeons les cultures, nous pouvons changer les institutions. C’est en se changeant soi-même que peu à peu, nous pouvons changer la société, et aller ensemble vers un monde meilleur.

Extrait des entretiens de Marguerite Yourcenar avec Matthieu Galey « Les Yeux Ouverts ».

J’ai emprunté quelques éléments de cet article (en anglais) de Jonathan Watts du journal The Guardian.

Photo principale : Anders Hellberg.

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Pleine conscience et bienveillance dans un monde complexe